
Le taro et les bananiers — feʻi compris — n'ont pas grand-chose en commun botaniquement. À la culture, ils posent pourtant les mêmes questions : l'eau, la structure du sol, et la potasse.
Le taro : l'eau, mais pas n'importe comment
Le taro se conduit soit en terrain irrigué, soit en terrain humide non inondé. Dans les deux cas, la règle qui compte n'est pas « beaucoup d'eau » mais de l'eau qui bouge.
De l'eau stagnante et chaude autour du corme, c'est la porte ouverte aux pourritures. De l'eau qui circule, même lentement, apporte de l'oxygène et évacue. C'est la différence entre une tarodière qui produit depuis des générations et une parcelle qui pourrit tous les ans au même endroit.
Le cycle est long — de l'ordre de huit à douze mois selon la variété et la conduite. Sur une durée pareille, un apport unique au départ ne peut pas suffire : ce qu'on met en début de cycle sera parti bien avant la récolte.
Le feʻi et les bananiers : des gouffres à potasse
Un régime de bananes, c'est de l'eau, de l'amidon et beaucoup de potassium. Un bananier exporte hors du sol des quantités de potasse sans commune mesure avec un potager.
Le signe d'un manque se lit sur les feuilles âgées : les bords jaunissent puis brunissent en partant de la pointe, alors que le centre de la feuille reste vert. Et sur le régime : des doigts courts, un remplissage médiocre, une maturité irrégulière.
C'est l'un des rares cas où le troisième chiffre de l'étiquette compte plus que le premier.
Le feʻi, lui, se distingue par son port dressé et ses régimes tournés vers le haut. Il pousse souvent en altitude, sur des sols plus pauvres, et supporte des conditions où un bananier de plaine ne tiendrait pas — ce qui ne veut pas dire qu'il ne répond pas à ce qu'on lui donne.
Le sol, avant l'engrais
Ces deux cultures partagent un ennemi : le sol tassé. Des racines de taro dans un sol compacté ne descendent pas ; un bananier mal enraciné verse au premier coup de vent.
Ce qui règle ça n'est pas un produit, c'est de la matière organique — compost, résidus de culture, engrais vert entre deux cycles. Sur une parcelle qui a beaucoup produit, c'est le geste qui change tout, et c'est aussi le moins cher.
Le rejet, la reprise
Sur les deux, la mise en place se fait à partir de rejets ou de têtes. C'est le moment le plus fragile du cycle, et celui où un stimulateur d'enracinement se justifie vraiment : une reprise rapide, c'est plusieurs semaines gagnées sur le cycle entier.
Une parcelle qui produit moins d'année en année ne demande pas forcément plus d'engrais. Elle demande souvent qu'on lui rende de la matière.