
Les conseils de jardinage qu'on trouve en ligne sont presque tous écrits pour un climat tempéré. Ils supposent un hiver qui arrête tout, un sol qui se repose, et des pluies régulières. Rien de tout ça ne s'applique ici.
Ce qui se passe sous nos pluies
Nos sols sont d'origine volcanique : profonds, souvent riches à l'origine, et très bien drainants sur les pentes. Cette qualité est aussi le problème. Ce qui draine bien lessive bien.
L'azote est le premier à partir : très soluble, il suit l'eau vers le bas et sort de la zone racinaire. Le potassium suit. Le phosphore, lui, bouge peu — mais sur des sols volcaniques il a une fâcheuse tendance à se fixer sur les argiles et à devenir difficilement disponible, ce qui revient au même du point de vue de la plante.
Résultat pratique : un apport unique en début de saison ne tient pas. Une bonne partie sera partie avant que la culture en ait profité.
Fractionner plutôt que charger
La réponse n'est pas de mettre plus, c'est de mettre plus souvent et moins fort. Plusieurs apports modestes échelonnés valent mieux qu'un gros apport en une fois : la plante reçoit à mesure qu'elle consomme, et ce qui n'est pas consommé ne s'accumule pas.
Charger, à l'inverse, cumule deux inconvénients : on fait monter la charge en sels autour des racines, et on perd quand même une partie à la première grosse pluie.
La matière organique, seule vraie mémoire du sol
Un sol ne retient pas les éléments par magie : il les retient parce qu'il a de la matière organique et une structure. C'est le compost, le fumier composté, les résidus de culture, les engrais verts — tout ce qui n'est pas un engrais minéral.
C'est la différence entre un sol qui garde ce que vous lui donnez et un sol qui laisse tout filer. Sous notre climat, la matière organique se décompose vite : elle demande à être renouvelée bien plus souvent qu'ailleurs.
Le signe qu'un sol l'a perdue est facile à lire quand on arrose : soit l'eau reste en flaque à la surface, soit elle traverse d'un coup sans mouiller. Les deux disent la même chose.
Sur les pentes, le sol lui-même s'en va
Beaucoup de parcelles ici sont en pente. Sous une forte pluie, ce n'est plus seulement l'engrais qui part, c'est la terre. Un couvert végétal, un paillage, des cultures en bandes selon les courbes de niveau : ce sont des gestes qui ne coûtent presque rien et qui gardent en place la seule chose qui ne se rachète pas.
Deux saisons, pas quatre
Il n'y a pas ici de printemps ni d'automne, mais une saison chaude et humide et une saison plus fraîche et plus sèche. Le lessivage se concentre sur la première ; c'est aussi celle où tout pousse le plus vite. La saison fraîche est, elle, le moment où beaucoup d'arbres préparent leur floraison.
Nourrir au bon moment n'a donc rien à voir avec le calendrier des catalogues venus d'ailleurs. C'est le sujet d'un autre article.